Amour : on ne se choisit pas par hasard.
Par etoile, vendredi 27 avril 2007 à 14:12 :: General :: #27 :: rss
Moteur ! Le temps s’arrête, c’est lui, c’est elle. Qu’elle dure une minute, une nuit ou une vie, la rencontre est magie. Séquence émotion. Elle change le quotidien en conte de fées, le gris en rose, le plomb en or. Une soudaine légèreté de l’air l’accompagne. D’une vie stable et sans histoires, on passe à la vie rêvée des anges. Comme l’explique si joliment Jean-Claude Kaufmann chaque être humain est un bernard-l’ermite condamné à vivre blotti dans la coquille de son identité. Sa seule chance d’ouvrir son âme et de sortir de ce cocon est de se livrer à l’être aimé… pour mutuellement se réinventer. Seulement voilà, pourquoi croise-t-on des milliers de personnes et n’en aime-t-on qu’une seule ? Pourquoi Marion et Frédéric, qui travaillaient ensemble depuis trois ans, se sont-ils vus comme jamais ce soir du 19 mai 1998 ? Qu’est-ce qui a poussé Marthe et Fabrice dans les bras l’un de l’autre, eux que tout sépare, âge, univers social, etc. ? Le hasard ? Cupidon ? Certes non ! Même si toute rencontre semble découler d’une suite de coïncidences imprévisibles, chacun l’aborde bardé, à son insu, d’un tas de déterminismes conscients et, surtout, inconscients. |
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Oui, la vérité est ailleurs, enfouie dans les abysses de notre psyché. Freud a le premier mis en évidence qu’on ne rencontre que ce qui existe déjà dans son propre inconscient. " Trouver l’objet sexuel (l’objet aimé) n’est, en somme, que le retrouver ", telle serait la loi du désir humain. Marcel Proust, en écrivant qu’on imagine d’abord et qu’on rencontre ensuite, ne dit pas autre chose… La rencontre amoureuse se construit sur des fondations, du régressif, de l’affect, de l’ambivalent, confirme Jean-Georges Lemaire, l’un des premiers psychothérapeutes à s’être intéressé aux couples en détresse. Le choc amoureux est une " collusion inconsciente ", explique-t-il, l’emboîtement de deux névroses complémentaires. On est attiré par l’autre parce qu’il entre en résonance avec le petit enfant qu’on était et qui demeure au fond de soi. Voilà donc, écrit Isabelle Yhuel, la définition du Prince charmant : " Un homme qui s’emboîte à notre symptôme. " La nostalgie du premier amour Miroir, suis-je ce que je rêve d’être ? Selon J.-G. Lemaire, l’idéalisation est le fondement de l’amour : " Il n’y a guère de rencontre amoureuse sans cette forme de surévaluation du partenaire, sans cette euphorie annulatrice d’anxiété. Si l’objet est totalement bon, le sujet aussi est heureux et tout-puissant. " Cette phase qui s’appuie sur le clivage et le déni de la réalité, à la limite du " pathologique ", fait peur à tous les frileux qui redoutent la fusion et diabolisent la passion. Ils ne supportent pas de perdre la maîtrise de leurs émotions, mais ils ont tort, précise Alberto Eiguer, psychothérapeute de couple, car cet élan passionnel est une victoire de la libido, une dynamique d’Eros " pour la vie contre la mort, pour la fusion contre la séparation, pour le plaisir contre la souffrance ". Toute rencontre amoureuse tend à la fusion avec l’autre. Comme le rappelle Freud, aux prémisses de l’état amoureux, la démarcation entre moi et l’objet tend à s’effacer. Toi et moi ne font qu’un. Je me marierai avec papa François n’était attiré que par les grandes blondes aux yeux clairs. Or, après plusieurs aventures avec de jolies Suédoises, il vient de tomber fou amoureux de Blanche, une petite brune pulpeuse, qu’il envisage d’épouser. Ses amis sont stupéfaits. Mais connaissent-ils la mère de François, charmante Napolitaine ? Savent-ils qu’elle se prénomme Bianca, Blanche en italien ? En effet, un prénom ou un nom peuvent à eux seuls condenser le désir inconscient du sujet. Comment expliquer que Bénédicte, issue d’une famille vieille France très bourgeoise, soit inexplicablement tombée raide dingue amoureuse de Miguel, un guitariste argentin fauché ? Réponse possible : son partenaire s’écarte radicalement de l’image paternelle. Elle se protège ainsi d’une relation œdipienne incestueuse toujours menaçante. Bien évidemment, il serait simpliste de croire que l’être aimé est superposable au parent qu’il représente. En fait, il ne correspond pas au père ou à la mère réels, mais aux images inconscientes qu’on s’en fait ! L’espace amoureux n’est ni tout à fait réel ni tout à fait fantasmé, il est entre les deux, "transitionnel", comme aurait dit Winnicott. Denis ignore pourquoi il est tombé fou amoureux de Lisa, déjà mariée à un autre. En fait, la rivalité œdipienne rôde. Il y a un mari – substitut paternel – à combattre et à exclure pour posséder enfin la femme. Il n’est pas attiré par Lisa elle-même, mais par l’interaction à trois : Lisa plus son mari plus lui. Selon le structuraliste Claude Lévi-Strauss, l’amour en Occident trouve toujours son origine dans un interdit, à commencer par celui de l’inceste. Les obstacles qui contrarient l’élan sont voulus, recherchés même. Couples mixtes, partenaires séparés par une grande différence d’âge : plus l’autre est interdit, plus il est attirant… Il ou elle guérira mes blessures du passé Exemples : Bastien aime Marine, de seize ans son aînée, parce qu’il attend qu’elle lui apporte la protection et la rigueur que son père, immature, n’a su lui offrir. Ses copains bien sûr n’y comprennent rien et le poussent à sortir des griffes de cette " marâtre " qui l’empêche de faire la fête toutes les nuits, comme avant ! L’attirance de Juliette pour Cyril, brutal et autoritaire, se fonde sur l’image du couple parental qu’elle avait, enfant, devant les yeux. Sa mère, souvent victime de la brutalité de son père, pleurait en silence, sans une plainte. C’est ce modèle de relations " sadomasochistes " que Juliette a intériorisé. En choisissant un homme très peu affectueux, elle s’identifie à sa mère et souffre avec elle. Il ou elle résoudra l’énigme de ma filiation Gilda, par exemple, a découvert, bien après sa rencontre avec Lionel, qu’ils avaient tous deux un arrière-grand-père " né de père inconnu ". Tous deux portaient en eux un blanc dans leur filiation et s’en sentaient honteux. C’est ce secret de famille minutieusement dissimulé qui les a aimantés. Et qui, sans doute, a été la cause de leur impossibilité à concevoir un enfant, un " descendant de bâtard ", alors que ni l’un ni l’autre n’était stérile… Lou ne s’enflamme que pour des hommes dépressifs et faibles, comme Antonin, héroïnomane depuis douze ans. L’idée que, "grâce à elle, il pourra décrocher", lui permet d’effectuer un travail de réparation narcissique sur elle-même et de se sentir plus forte. Une question de timing Du coup, explique Véronique Nahoum-Grappe, il suffit d’un détail qui cloche, de quelques pellicules sur un veston ou d’un brin de persil coincé entre les dents pour que la magie ne fonctionne pas et qu’on rate l’homme ou la femme de sa vie.
- Biblique : d’une certaine façon, ces couples appliquent à la lettre l’impératif de la genèse commandant à l’homme de quitter père et mère pour " être une seule chair " avec sa femme. - Sociologique : le couple mixte, qui s’oppose à l’" homogamie " de rigueur, est un défi au milieu social d’origine, qui prend souvent la forme d’une rupture avec la famille. - Psychologique : le choix d’un étranger protège des désirs œdipiens trop intenses. Impossible de mettre en rapport sa femme et sa mère, son mari et son père : ils n’ont, en apparence, rien en commun. Les deux partenaires peuvent ainsi trancher un lien familial qui les emprisonne inconsciemment, et mettre une distance géographique – mais surtout psychique – entre eux et leur famille d’origine. Choisir un étranger, c’est aussi choisir de construire une relation " à nulle autre pareille " en s’éloignant radicalement du modèle du couple parental. De plus, si pour nous, Occidentaux, les rôles masculins et féminins sont parfois flous, dans d’autres cultures, les identités sexuées sont bien marquées. Ces différences réconfortent donc chacun dans ce qu’il est. Source : psychologies.com |


Moteur ! Le temps s’arrête, c’est lui, c’est elle. Qu’elle dure une minute, une nuit ou une vie, la rencontre est magie. Séquence émotion. Elle change le quotidien en conte de fées, le gris en rose, le plomb en or. Une soudaine légèreté de l’air l’accompagne. D’une vie stable et sans histoires, on passe à la vie rêvée des anges. Comme l’explique si joliment Jean-Claude Kaufmann chaque être humain est un bernard-l’ermite condamné à vivre blotti dans la coquille de son identité. Sa seule chance d’ouvrir son âme et de sortir de ce cocon est de se livrer à l’être aimé… pour mutuellement se réinventer. 
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